jeudi 26 mars 2009
Julien Coupat est toujours en prison
Lettre de 8 des 9 inculpés de l’affaire de Tarnac, à leurs juges - Mars 2009
Voilà quatre mois que le feuilleton médiatico-judiciaire intitulé l’"affaire de Tarnac" ne cesse de ne plus vouloir finir. Julien (Coupat) va-t-il sortir à Noël ? Pour le Nouvel An ? Aura-t-il plus de chance vendredi 13 ? Non, finalement on le gardera encore un peu en prison, enfermé dans son nouveau rôle de chef d’une cellule invisible. Puisqu’il semble que quelques personnes aient encore intérêt à faire perdurer cette mascarade, même au-delà du grotesque, il va nous falloir endosser, encore une fois, le rôle que l’on nous a taillé ("les 9 de Tarnac"), pour un nécessaire éclaircissement collectif. Alors voilà. ...
Primo. Pendant que des journalistes fouillaient jusque dans nos poubelles, les flics reluquaient jusqu’à l’intérieur de nos rectums. C’est assez désagréable. Depuis des mois vous ouvrez notre courrier, vous écoutez nos téléphones, vous traquez nos amis, vous filmez nos maisons. Vous jouissez de ces moyens.
Nous, les neuf, nous les subissons, comme tant d’autres. Atomisés par vos procédures, neuf fois un, alors que vous, vous êtes toute une administration, toute une police et toute la logique d’un monde. Au point où nous en sommes, les dés sont un peu pipés, le bûcher déjà dressé. Aussi, qu’on ne nous demande pas d’être beaux joueurs.
Deuzio. Bien sûr vous avez besoin d’"individus", constitués en "cellule", appartenant à une "mouvance" d’une fraction de l’échiquier politique. Vous en avez besoin, car c’est votre seule et dernière prise sur toute une part grandissante du monde, irréductible à la société que vous prétendez défendre. Vous avez raison, il se passe quelque chose en France, mais ce n’est certainement pas la renaissance d’une "ultragauche". Nous ne sommes ici que des figures, qu’une cristallisation somme toute plutôt vulgaire d’un conflit qui traverse notre époque. La pointe médiatico-policière d’un affrontement sans merci que mène un ordre qui s’effondre contre tout ce qui prétend pouvoir lui survivre.
Il va sans dire qu’à la vue de ce qui se passe en Guadeloupe, en Martinique, dans les banlieues et les universités, chez les vignerons, les pêcheurs, les cheminots et les sans-papiers, il vous faudra bientôt plus de juges que de profs pour contenir tout ça. Vous n’y comprenez rien. Et ne comptez pas sur les fins limiers de la DCRI pour vous expliquer.
Tertio. Nous constatons qu’il y a plus de joie dans nos amitiés et nos "associations de malfaiteurs" que dans vos bureaux et vos tribunaux.
Quarto. S’il semble aller de soi pour vous que le sérieux de votre emploi vous amène jusqu’à nous questionner sur nos pensées politiques et sur nos amitiés, nous ne nous sentons pas, quant à nous, le devoir de vous en parler. Aucune vie ne sera jamais absolument transparente aux yeux de l’Etat et de sa justice. Là où vous avez voulu y voir plus clair, il semble plutôt que vous ayez propagé l’opacité. Et l’on nous dit que, désormais, pour ne pas subir votre regard, ils sont toujours plus nombreux ceux qui se rendent à des manifestations sans téléphone portable, qui cryptent les textes qu’ils écrivent, qui font d’habiles détours en rentrant chez eux. Comme on dit : c’est ballot.
Quinto. Depuis le début de cette "affaire", vous avez semblé vouloir accorder beaucoup d’importance au témoignage d’un mythomane, aussi appelé "sous X". Vous vous obstinez, c’est courageux, à accorder un peu de foi à ce ramassis de mensonges, et à cette pratique qui a fait l’honneur de la France il y a quelques décennies - la délation. C’en serait presque touchant, si ça ne conditionnait pas l’accusation de chef à l’encontre de Julien, et donc son maintien en détention. Si ce genre de « témoignage » ne justifiait pas des arrestations arbitraires – à l’occasion, par exemple, de quelques balles envoyées par la Poste, ou sur la police, dans l’Hérault, ou à Villiers-le-bel.
Enfin, étant entendu que la marge de liberté qu’il nous reste est désormais fort réduite, que le seul point à partir duquel nous pouvons nous soustraire à votre emprise réside dans les interrogatoires auxquels vous nous soumettez à intervalles réguliers. Que Julien s’est déjà vu refuser quatre demandes de remise en liberté. Qu’il est notre ami. Qu’il n’est rien de plus que ce que nous sommes. Nous décidons qu’à partir de ce jour, dans l’héroïque tradition d’un Bartleby, "nous préférerons ne pas". En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela jusqu’à ce que vous le libériez, jusqu’à ce que vous abandonniez la qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous. En résumé, jusqu’à ce que vous abandonniez les poursuites.
Pour tous ceux qui, là où ils sont, se battent et ne se résignent pas. Pour tous ceux que le ressentiment n’étouffe pas et qui font de la joie une question d’offensive. Pour nos amis, nos enfants, nos frères et nos soeurs, les comités de soutien. Pas de peur, pas d’apitoiement. Pas de héros, pas de martyrs. C’est précisément parce que cette affaire n’a jamais été juridique qu’il faut transporter le conflit sur le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d’un pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n’est rien d’autre que la généralisation de pratiques collectives d’autodéfense partout où cela devient nécessaire.
Il n’y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.
Aria,
Benjamin,
Bertrand,
Elsa,
Gabrielle,
Manon,
Matthieu,
Yldune
sont, avec Julien Coupat, mis en examen dans l’"affaire de Tarnac".
jeudi 8 janvier 2009
Bonne année 2009
vendredi 21 novembre 2008
Politique éducative du gouvernement
Dès la rentrée prochaine l'histoire des arts sera enseignée au collège et les connaissances acquises sanctionnées par une épreuve au brevet des collèges. Cet enseignement vient remplacer pour moitié l'heure d'arts plastiques et d'éducation musicale ( en histoire il occupera un quart du programme ). L'an prochain les collégiens n'auront plus
qu'une demi-heure d'arts plastiques et de musique. La culture patrimoniale sera privilégiée au détriment des questionnements liés à l'idée de modernité.
Des ateliers animés par des intervenants extérieurs pourront être proposés après les cours, ces matières deviendront donc des activités péri-scolaires ( dénaturées et non obligatoires ).
De plus le gouvernement cherche à développer une éducation artistique et culturelle hors de l'école en développant ( et non en démocratisant ) par exemple les cours à domicile grâce à leur paiement en chèque emploi service ! Les connaissances acquises hors de l'école pourront être validées au brevet des collèges.L'option de spécialisation en lycée sera réduite à 3 heures
hebdomadaires ( au lieu de 5h actuellement ) si elle n'est pas supprimée ( toujours d'information claire à ce sujet ! ).
Jusqu'à présent les élèves en difficulté dans des disciplines ayant exclusivement recours à l'écrit pouvaient réussir en arts plastiques ou en musique parce que ces matières mobilisent d'autres langages...
Et pourtant Xavier Darcos affirme faire de l'aide aux élèves en difficulté sa priorité.
Les modes de recrutement et de formation des professeurs sont également transformés.
Des changements profonds s'opèrent dans l'éducation. Ils ne nous paraissent être ni en faveur des élèves ni en faveur des personnels de l'éducation.
Il généreront plus de précarité pour les personnels et plus d'inégalités chez les élèves.
Vous trouverez ci-joint l'appel à participer à la
Rencontre régionale des Arts Plastiques
samedi 22 novembre 2008 - 09h30-16h30
Bât. Mussat, UHB Rennes II
Av. Gaston Berger
35 Rennes
Métro Villejean Université
Ainsi qu'un dossier de presse étayé d'extraits de textes officiels
( outil de référence à diffuser largement ).
Qui sommes-nous? Des professeurs d'arts plastiques enseignant en
collège, lycée, université et à l'IUFM ( en Bretagne ), pour la
plupart syndiqués ( Sud, FO et SNES ).
lundi 7 juillet 2008
25000 expulsions par an
source: http://sarkononmerci.fr/
mercredi 12 mars 2008
Julio est libre
Le préfet est revenu sur sa décision dans la nuit.
Julio est libre.
Mais étant donné les conditions de son incarcération et de sa détention
Rassemblement devant la préfecture de Beauregard.
Mercredi 12 mars à 14 heures est maintenu
Manifestation qui partira de la préfecture de Beauregard vers le centre ville
(en passant par le rectorat)
Notre élève Julio : toujours en rétention et menacé d’expulsion.
Restons mobilisés !
Julio est un lycéen de nationalité angolaise qui est scolarisé au lycée Basch depuis 2007. Mineur, il avait été placé dans un foyer par un juge.
Mardi 4 mars, au retour d’une sortie scolaire avec sa classe, Julio a été contrôlé sur des critères douteux par la Police aux Frontières qui l’a interpellé. Il avait des papiers mais, au regard de son physique, les policiers n’ont pas cru à la validité de sa pièce d’identité qui dit qu’il a 16 ans. Ils l’ont placé en garde à vue et emmené menotté faire des examens médicaux pour « vérifier » son âge. Ils ont aussi fouillé son domicile.
Les examens médicaux (pilosité, osseux, génital), dont la validité est très contestée, ont conclu qu’il était majeur. Du coup, Julio a été enfermé au centre de rétention de St Jacques de la Lande pour être expulsé du territoire français. Le préfet d’Ille-et-Vilaine lui a en effet délivré un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.
Jeudi 6 mars, le juge des Libertés et de la Détention a validé la procédure d’interpellation et de mise en rétention de Julio.
Lundi 10 mars avait lieu 2 événements juridiques importants pour l’existence présente et future de notre élève :
1 – Le recours à l’arrêté préfectoral d’expulsion : Julio est confirmé en situation irrégulière et doit être reconduit à la frontière mais il est non expulsable vers l’Angola.
Seul recours : Julio fait une demande d’asile politique auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides), qui peut le déclarer « Réfugié politique » et lui accorder le droit d’asile : réponse mercredi mais 80% des réponses sont négatives, surtout quand la demande est faite une fois dans le centre de rétention : elle est alors perçue comme une manœuvre pour retarder l’expulsion (tant que l’OFPRA ne s’est pas prononcé l’expulsion est suspendue).
Par ailleurs pour obtenir le statut de réfugié politique, Julio doit faire la preuve qu’il est personnellement en danger dans son pays d’origine, et il doit être capable de témoigner seul des souffrances subies là-bas. Or à ce jour cet adolescent, orphelin de père et de mère, sans frère ni sœur, n’est pas en état affectif de rendre compte de ce qu’il a vécu en Angola, et ce qui lui arrive depuis une semaine ne l’aidera pas.
2 – L’appel de la décision du juge des libertés et des détentions prise jeudi 6 mars, qui validait la procédure d’arrestation de Julio et sa majorité qui le rend expulsable.
L’issue est défavorable à notre élève. Les raisons très peu rationnelles de l’interpellation et de la garde à vue (distinction au faciès, impression qu’il fait plus grand que son âge), la violation de l’intégrité physique de l’adolescent par des examens pileux, génitaux et osseux, ont été jugés conformes à la loi…
Résultat : Julio est de nouveau au centre de rétention, pour un temps indéfini, et demeure non scolarisé.
Donc, hormis la décision de l’OFPRA mercredi, nous n’avons plus rien à attendre du côté juridique pour notre élève.
Désormais seul Monsieur le Préfet, qui a prononcé l’arrêté d’expulsion, peut défaire ce qu’il a fait, et dès demain, mardi 11 mars, nous nous tournerons résolument vers lui, pour la seconde fois.
Nous lui dirons ceci : nous sommes membres d’une communauté qui participe à l’éducation et à l’instruction de lycéens jamais bien loin de la majorité, et depuis l’arrestation de notre élève nous vivons et vivrons dorénavant dans la crainte, la honte et la colère qu’à tout moment, et notamment au cours des sorties scolaires, certains de nos élèves soient la cible d’interpellations arbitraires et de traitements plus barbares que scientifiques, et soient même dans certains cas arrachés à la communauté éducative à laquelle ils appartiennent, ainsi qu’à leurs camarades.
A ce propos nous ajouterons que le traumatisme est et sera aussi celui de ces mêmes camarades qui, comme nous professeurs, ne peuvent tolérer qu’un des leurs ne répondent pas à l’appel un matin pour des raisons qui n’en sont pas, fussent-elles d’état.
En effet si Julio restait en rétention les élèves perdraient confiance en la communauté des adultes qui sont en partie responsables de leur présent et de leur avenir.
Jusqu’à présent nous n’avons pas été les seuls à nous inquiéter auprès de Monsieur le Préfet du sort de notre élève et de celui de ses camarades qui l’ont vu disparaître de l’enceinte du lycée : M. Edmond Hervé, maire de la ville, M. Delaveau candidat PS, M. Boudjema candidat UMP, lui ont signifié leur indignation et leur inquiétude.
Trois rendez-vous ont été prévus :
Mardi 11 mars de midi à 14 heures
Rassemblement devant la préfecture de Beauregard.
Mercredi 12 mars à 13 heures
Rassemblement devant la préfecture de Beauregard.
Mercredi 12 mars à 14 heures
Manifestation de la préfecture de Beauregard au centre ville
(en passant par le rectorat)
Et nous appelons solennellement l’ensemble de nos collègues des autres établissements du bassin rennais et d’ailleurs à nous rejoindre car nous avons cruellement besoin de soutien pour amplifier la mobilisation.
La situation que vit actuellement la communauté de Basch pourrait survenir dans d’autres établissements.
Nous devons nous réunir pour éviter cela.
La communauté éducative du lycée Victor et Hélène Basch
jeudi 31 janvier 2008
Super Sarko, champion de la presse libre
source: source: http://www.bakchich.info/ par Paul Litzer
Ceux qui plaident pour l’indépendance de la presse au motif que cette liberté là est essentielle au bon fonctionnement de la démocratie ne comprennent rien à rien. On peut même dire que ce sont de dangereux criminels. Telle est en substance l’opinion de Super Sarko. Lors de sa grande conférence de presse de rentrée, l’ami des grands patrons de médias (Martin Bouygues, Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère, Serge Dassault, etc. liste non exhaustive) s’est moqué des « grandes déclarations un peu ridicules » qui ont accueilli le rachat des Echos par son ami Arnault. « Que des gens qui ont des moyens investissent dans un journal, c’est une très bonne nouvelle », a dit l’amateur de montres de luxe. « On ne peut pas dire que la presse est une industrie et refuser d’avoir des actionnaires pour financer cette industrie ». Bien envoyé !
Quel mal y-a-t-il à posséder le premier quotidien économique du pays tout en étant présent dans des activités aussi marginales que le luxe (Louis Vuitton, Dior notamment), les vins et champagne (Moet-Hennessy, Dom Pérignon), la grande distribution (un gros morceau de Carrefour) sans compter des investissements dans divers autres secteurs via sa holding personnelle Groupe Arnault ? L’homme le plus riche de France est le meilleur garant de la liberté de la presse. Il l’a suffisamment prouvé quand il possédait La Tribune, un autre quotidien qu’il vient du reste de fourguer avec un gros chèque (40 millions d’euros) à Alain Weill, le patron de RMC et de BFM. Mais il n’est pas besoin d’être milliardaire pour s’imposer dans la presse. Être ami de Super Sarko suffit.
Prenons le cas d’Alain Minc, le consultant multi-cartes qui détient le titre de champion de France et peut-être même d’Europe des OPA ratées. Avec son ami Jean-Marie Colombani, il a voulu transformer Le Monde en un grand groupe en multipliant les rachats. Conséquence : des pertes abyssales et une dette colossale. Après le départ forcé de JMC, Minc doit abandonner ses fonctions de président du conseil de surveillance en mars mais cette décision lui coûte. Est-ce, comme l’affirment ses (nombreux) ennemis, parce qu’il risque de perdre des contrats en n’ayant plus cette fonction prestigieuse ? C’est bas.
L’Alain n’a pas de petites ambitions. Avant de tirer sa révérence, il veut se payer la Société des rédacteurs du Monde (SRM), premier actionnaire du quotidien, qui a osé contester le pouvoir qu’il s’était octroyé. Dans les couloirs du Monde, on le soupçonne d’avoir manipulé le directoire pour le faire démissionner afin de pouvoir nommer un administrateur judiciaire chargé de vendre l’entreprise à… Lagardère. Le groupe du « frère » de Super Sarko et l’espagnol Prisa, qui possède El Pais, étaient prêts à mettre chacun 40 millions d’euros pour prendre le contrôle du journal. Eric Fottorino, directeur du quotidien, a compris un peu tard la manip et s’est déclaré candidat à la présidence du directoire mais l’Alain veillait et a réussi à convaincre les actionnaires extérieurs de bloquer cette initiative. Si aucune solution n’émerge le 25 janvier, un administrateur judiciaire sera bel et bien nommé. En dépit de sa petite taille, Minc est un vrai gaulliste : après lui, ce sera le chaos. Pour le profit de qui ? Devinez. Notre virevoltant président a bien raison de dire que les journalistes n’ont rien compris à la presse indépendante. Ses amis sont là pour montrer la voie.
par Paul Litzer
source: http://www.bakchich.info/
mercredi 23 janvier 2008
NOS ENFANTS SONT FICHÉS, ON NE S’EN FICHE PAS !
LES SIGNATAIRES DE CETTE PÉTITION NATIONALE RÉCLAMENT LA
SUPPRESSION IMMÉDIATE DE BASE ELEVES
Bientôt, tous les enfants en âge d’être scolarisés qui résident en France seront fichés dans le système Base élèves 1er degré. Elaboré en l’absence de tout débat démocratique sur sa finalité, son fonctionnement, ses possibilités de croisement avec d’autres fichiers (police,justice,…), il est en voie de généralisation sur tout le territoire, après une simple déclaration à la Cnil le 24 décembre 2004. Sa mise en place rencontre de
fortes oppositions de la part de parents d’élèves – mais nombre d’entre eux
ignorent jusqu’à son existence –, d’enseignants, d’associations et d’élus.
Des conseils municipaux se sont prononcés contre ce fichage, des parents le refusent, des directeurs d’école sont opposés ou réticents (ils sont alors soumis à de fortes pressions de leur hiérarchie)… mais rien ne semble
pouvoir arrêter une administration qui minimise les dangers du système.
> Des informations sur les enfants et leurs familles qui, jusqu’à présent,ne sortaient pas de l’école, deviennent partiellement accessibles aux maires,et remontent jusqu’à l’échelon académique, et même au niveau
national avec un identifiant (la liste des informations se trouve en Annexe). Ces données transitent via Internet. Personne n’a oublié le scandale de juin 2007 qui a mis en évidence l’absence de sécurisation – tout un chacun pouvant avoir accès aux données personnelles des enfants et de leurs familles.
La plupart des données individuelles nominatives seront conservées quinze ans. La finalité affichée du traitement est d’« apporter une aide à la gestion locale des élèves, assurer un suivi statistique des effectifs d’ élèves et permettre un pilotage pédagogique et un suivi des parcours scolaires ».
Mais dans la mesure où il va ficher tous les enfants – y compris ceux qui sont scolarisés dans leur famille – l’une des utilisations vraisemblables de ce système se trouve dans la Loi de prévention de la délinquance
du 5 mars 2007. Cette loi place le maire « au centre de la politique de prévention » avec de nouveaux pouvoirs, en le faisant notamment bénéficier de la notion de « secret partagé » avec différents acteurs sociaux. Les enseignants sont associés à ce dispositif de contrôle social : l’article 12 de la loi modifie le Code de l’Education en précisant que les établissements scolaires «participent à la prévention de la délinquance ». Base élèves se situe donc
dans la droite ligne du rapport Benisti qui, pour prévenir « les comportements déviants », préconise la détection précoce des troubles comportementaux infantiles dès la crèche…
Sous la pression d’un mouvement de protestation de parents d’élèves, d’enseignants et d’organisations de défense des droits de l’Homme,le ministère a annoncé le 5 octobre 2007 la suppression des champs relatifs à la nationalité (Annexe note(2)) – tout en maintenant le lieu de naissance.
Pour l’enfant, individu en devenir, toute information sortie de son contexte peut être source de discrimination. Confier autant de données personnelles à une administration qui pourra les faire circuler par Internet et les utiliser à des fins qui ne sont pas précisées, nous semble dépasser ce qui peut légitimement être exigé des familles. L’école doit rester
un lieu protégé, un lieu où l’enfant doit pouvoir se développer sans être enfermé dans son passé.
Convaincus que les libertés individuelles sont trop importantes pour être abandonnées au bon vouloir des gouvernements et des administrations, nous demandons la suppression définitive du système Base élèves et des données déjà collectées.
Pétition mise en ligne à l’initiative du CORRESO (Collectif
Rennais de Résistance Sociale), le 22/01/2008.
Pour la signature en ligne, c’est ici :
http://petition.bigbrotherawards.eu.org/Signez-la-petition-pour-le-retrait-de-Base-eleves
Parmi les premiers signataires :
MEIRIEU Philippe(Professeur à l’Université LUMIERE-Lyon 2),
JACQUARD Albert(Professeur d’Université à la retraite),
MONTAGNER Hubert(Professeur des Universités en retraite et ancien directeur de recherche à l’INSERM dans les domaines de la psychophysiologie,du développement, du comportement et des rythmes de l’enfant),
BELLAS CABANE Christine (Pédiatre anthropologue présidente du syndicat national des médecins de PMI),
THOREL Jérôme(Journaliste, Privacy International Big Brother Award),
TESTART Jacques (Directeur de recherche honoraire de l’INSERM),
BENASAYAG Miguel (Philosophe et psychanalyste),
LDH-section de Rennes
BP 40914
35009 Rennes
mercredi 9 janvier 2008
Appel contre la franchise Sarkozy
Contre le projet de franchise des soins médicaux, Bruno-Pascal Chevalier, malade du sida a entamé une grève des soins.
« FRANCHISE » SUR LES SOINS : L’ASSURANCE MALADIE SOLIDAIRE EN DANGER
En matière d’assurance maladie l’UMP et Nicolas Sarkozy ont une idée fixe : l’augmentation des dépenses de santé, ce serait d’abord et avant tout la faute des patients. Il faudrait donc les « responsabiliser », c’est à dire les pénaliser financièrement pour « qu’ils consomment moins », ou, au minimum, pour que « la Sécu rembourse de moins en moins ».
Déremboursements incohérents, augmentation du « ticket modérateur » sur des soins courants, généralisation des dépassements tarifaires pour les médecins spécialistes, invention du forfait de 1€ par acte de soins ou de biologie, du forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91€, l’actuelle majorité a multiplié les atteintes à la prise en charge solidaire des soins. Mais si elle a augmenté le reste à la charge des patients, le déficit de l’assurance maladie n’en a pas été comblé pour autant.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy va plus loin, beaucoup plus loin, en annonçant que s’il est élu il mettra en place une « FRANCHISE » c'est-à-dire un seuil annuel de dépenses en dessous duquel l’assurance maladie ne remboursera rien. Rien du tout. Franchise qui, pour mieux jouer son rôle de dissuasion de la consommation, ne sera pas remboursable par les assurances complémentaires, au moins dans un premier temps.
Nous, professionnels de santé, acteurs du monde associatif ou médico-social, universitaires, représentants des usagers et/ou usagers du système de santé dénonçons les RISQUES MAJEURS D’UNE TELLE FRANCHISE :
Franchise = Régression sociale : Dans son principe même une franchise d’un montant identique pour tous « pèsera » différemment selon les revenus. C’est la fin d’un système d’assurance maladie solidaire dans lequel chacun cotise selon son revenu et qui protège, équitablement, les individus en bonne santé et les malades. On quitte la logique de la solidarité pour celle de l’assurance privée.
Franchise = Menace sur l’accès aux soins des plus modestes :Dans une France où vivent plus de 3 millions de chômeurs et 7 millions de « travailleurs pauvres », 100 € de soins de santé non remboursés ce n’est pas rien… Et ce sont eux qui seront les premières victimes de la franchise si jamais elle voit le jour. La franchise, c’est la remise en cause de ce progrès social et sanitaire évident qu’avait été la création de la CMU.
Franchise = Menace sur l’accès aux soins primaires et la santé publique : Pour les « gros consommateurs », c'est-à-dire les patients atteints de maladies lourdes, il n’y aura pas le choix : il faudra payer. Mais au-dessus du montant de la franchise, ce sera sinon gratuit du moins «comme avant ».
La cible de cette mesure ce sont surtout les petits ou moyens consommateurs qu’il faut dissuader de se faire soigner pour des maladies apparemment moins sévères (celles qui, non soignées, peuvent justement s’aggraver) et bien évidemment pour les actes de prévention que l’on croit toujours pouvoir « reporter » à plus tard. L’inverse d’une politique cohérente de santé publique.
Franchise = Remise en cause du « tiers payant » : Les professionnels de santé ne pouvant savoir si le montant de la franchise a, ou non, déjà été acquitté, les patients devront systématiquement faire intégralement « l’avance de frais ». Ce qui constituerait un obstacle supplémentaire à l’accès aux soins des plus modestes.
Franchise = Porte ouverte à l’escalade : Nicolas Sarkozy ne s’en est pas caché, cette franchise sera « modulable » c'est-à-dire que « si les dépenses augmentent et si le déficit augmente on pourrait augmenter le montant », et comme les dépenses augmenteront, inéluctablement, la franchise augmentera, non moins inéluctablement, et avec elle augmentera la gravité de ses effets pervers.
Nous refusons l’instauration d’une telle « FRANCHISE», socialement injuste, économiquement inefficace et dangereuse pour la santé publique.
Rejoignez-nous afin d’exiger des candidats à la présidentielle une clarification de leur position face à cette menace inacceptable sur l’accès aux soins en France.
mardi 8 janvier 2008
Municipales et cantonales de 2008 : les télévisions locales en ordre de marche
Article de Guy PineauACRIMED
source:
« Les médias, c’est profondément contemporain et synonyme d’influence » (Philippe Labro) [1]
La France est, selon l’expression répétée ad nauseam, en retard en matière de télévisions locales. Si leur reconnaissance juridique date de la loi de décembre 1985, pendant de longues années peu de télévisions de ce type [2]. Effet du vieil atavisme d’un centralisme audiovisuel hérité, notamment, de la période gaulliste ? Sans doute. Mais surtout de l’absence des conditions économiques qui assurent la viabilité de ces télévisions locales. Elles sont désormais réunies, mais grâce à d’inquiétantes concentrations capitalistiques qui favorisent de non moins inquiétantes dépendances politiques.
La PQR , craignant de voir lui échapper des investissements publicitaires indispensables à son fonctionnement, a freiné pendant longtemps la naissance des télévisions locales. Pourtant devant la perte de son lectorat, la presse régionale se résout depuis quelques années à investir les télévisions de villes. Après une période de gel, le dossier des TV locales est réactivé, avec, à partir de 2004, l’autorisation de diffuser, sur les stations locales, de la publicité pour la grande distribution jusque-là interdite. Il s’agit pour les patrons de ces médias de récupérer sur les télévisions de villes (et sur internet), un lectorat (surtout jeune) et les investissements publicitaires qui s’y investissent. Le revirement d’un François-Régis Hutin dirigeant du groupe Ouest-France est significatif : longtemps, un des patrons de presse des plus réticents à aller sur l’audiovisuel local, il bascule, en se portant acquéreur des titres de la SocPresse dans l’Ouest, sur la télévision locale hertzienne Nantes 7. En effet, le groupe de Dassault, vendeur, détenait 49 % du capital [3].
La politique de constitution des grands ensembles de PQR en France favorise cet engouement pour les télévisions locale, dans la mesure où cette concentration permet « de mettre en œuvre des projets communs dans le domaine des gratuits, des télévisions locales, de réaliser des synergies, notamment au plan éditorial et du marketing » (Les Échos 13 février 2006). Cette visée porte un nom : le « cross-média », c’est-à-dire la possibilité de prendre appui sur l’ensemble du réseau de collecte d’information de façon à pouvoir diffuser une seule information quel que soit le support [4].
Cette mise en réseau des médias - TV, Radio, internet et presse écrite - est un credo partagé par qui se précise chez les propriétaires des médias, pour qui, selon les propos d’Arnaud Lagardère « Les journalistes doivent se considérer peut-être pas uniquement comme des journalistes de presse écrite mais comme des journalistes tout court d’information » [5]. Économie d’échelle, rationalisation de la collecte, rationalisation de la diffusion, rationalisation du personnel : , cette conception de l’industrialisation de l’information renforcera un peu plus la mono couleur – telle la Ford T noire du constructeur de Détroit [6] - du discours journalistique.
C’est dans ce contexte que le CSA a lancé des appels d’offre, d’abord sur l’analogique, puis, à partir des années 2006, sur la TNT. Des acteurs nationaux s’intéressent à ce qui apparaît comme un « nouveau marché », au premier chef les grands groupes de communication qui s’intéressent à des zones dont la densité sourit aux publicitaires. Ces grands groupes sont nés dans le contexte de la déréglementation, à partir des années 1980. Cette évolution, résultat d’une politique nationale et européenne conduite sous la pression de groupes publicitaires et de communication français, européens, voire nord-américains a marginalisé progressivement le service public de l’audiovisuel, en créant les conditions de la montée en puissance de médias encastrés dans des groupes industriels et financiers [7].
La législation au service du média business
C’est bien lorsque les perspectives économiques commerciales (publicitaires) sont apparues comme jouables au plan infranational, et après un arbitrage entre des intérêts quelquefois contradictoires, que le législateur est venu au secours des intérêts commerciaux des monopoles locaux en place et des groupes nationaux intéressés. D’abord, avec le décret du 7 octobre 2003, qui autorise la diffusion sur les stations locales, de la publicité pour la grande distribution jusque là interdite [8]. Cette utilisation du droit confirme l’analyse de Serge Regourd : le droit de l’audiovisuel ressort bien souvent de la « soft law », c’est-à-dire un droit malléable, qui s’adapte aux intérêts économiques et financiers dominants du moment [9]. Puis avec la loi du 9 juillet 2004 : celle-ci renforce la marge de manœuvre des grands groupes, en modifiant la loi du 30 septembre 1986 qui contenait (encore) un ensemble de dispositions visant à limiter la concentration des entreprises de communication audiovisuelle afin de préserver le pluralisme et plusieurs règles concernant les télévisions locales. Simultanément, la concurrence avec France 3 est ouverte, avec des menaces sur son existence.
Les télévisions courtisées pour les municipales
Le marché publicitaire peut présenter un intérêt à moyen terme, lorsqu’il s’appuie sur un bassin d’audience cumulée assez vaste. Les télévisions locales commerciales et quelquefois, celles qui se disent associatives (bien souvent elles n’en ont que l’enveloppe juridique) s’organisent pour répondre à cette injonction de la « real economy ».
C’est en fait, à la mise en place d’un véritable maillage capitalistique, politique, fonctionnel auquel on assiste. Maillage qui lie des intérêts composites : ceux de la PQR [10]. ceux de grands médias nationaux (TF1, Bolloré, Lagardère-Hachette) ou de groupes en voie de reconstitution et recomposition tel Hersant-Média [11]. Des intérêts différents mais qui agissent dans le même sens : la commercialisation accentuée des médias locaux, leur mise en coupe réglée par des intérêts au service de politiques à l’orientation bien précise.
Les télévisions locales, proies du Groupe Hersant
Le groupe Hersant-Média (GHM), héritier du papivore des années 70 (Groupe de Robert Hersant) accélère son développement en France [12] Et considérablement renforcé, ce groupe est devenu, depuis peu, un opérateur important de la télévision locale en rachetant 49% des parts détenues par les deux fondateurs de la société Antennes locales [13], et par le fonds Berlys Développement de Pierre Bergé. Antennes locales devient ainsi filiale audiovisuelle à 100% du groupe [14]. Cette société, premier opérateur de chaînes de télévision locales en France, regroupe sept chaînes locales [15]. Par ailleurs, Philippe Hersant, aimant le bon air suisse [16], possède au pays des Helvètes, 4 quotidiens à Nyon et Neuchâtel et deux télévisions locales, Léman Bleu (à côté de Genève) et TVM3.
Beaucoup plus discret que Robert, son fiston, Philippe Hersant, tranquille habitant du bord du Lac Léman, reprend, encore un peu plus, pied en France, après les grandes difficultés du groupe, à la mort du père fondateur [17]. Deux stratégies financièrement peu compatibles s’offrent à lui : soit le groupe poursuit sa consolidation sur le Sud Est en ajoutant à sa panoplie papier (La Provence, Marseille Plus, Nice-Matin, Var-Matin, Corse Matin), LCM (La Chaîne de Marseille), fleuron qui a échappé à GHM au moment de son attribution par le CSA. Soit, GHM construit un réseau de villes à partir des 7 télévisions qu’ils possèdent déjà maintenant avec le contrôle à 100% d’Antennes locales. Malgré l’apport de Paru-vendu, vache à lait du groupe (tiré à 15 millions d’exemplaires sur 260 villes [18]), le groupe d’Hersant fils, devra, sans doute, effectuer des choix et des reconfigurations mettant en jeu d’autres titres de son portefeuille (L’Union de Reims, Le Havre Libre, Le Havre Presse notamment). La tendance d’une PQR féodale contrôlant son territoire (de Grenoble à Marseille, à Nice et en Corse) est une vieille recette qui convient encore aux tycoons de province.
Interférence politique et échange de services : le fils est le digne héritier de son père Comme lui, Philippe a le cœur à droite. Dès l’automne après le rachat de Nice-Matin, il prend parti dans la campagne municipale qui oppose le sénateur-maire UMP Jacques Peyrat au ministre de l’outre-mer Christian Estrosi. Selon Le Canard enchaîné, « Philippe Hersant a déjà choisi le second » [19]. Selon Le Canard Enchaîné, le 23 novembre dernier, un sondage de la Sofres est publié dans le quotidien Nice-Matin, qui titre en une « Municipales à Nice : un seul tour pourrait suffire » ; le groupe Hersant, qui l’a fait réaliser l’a imposé. Le quotidien publie en outre une interview du patron de la Sofres, "qui crucifie Peyrat". Le Canard précise que "tout cela n’a rien à voir avec le fait qu’Estrosi a été un des plus fervents supporters de Philippe Hersant dans le rachat du pôle sud de Lagardère. Ni même qu’Hersant se trouve être le pape de la presse de l’outre-mer, dont Estrosi est le ministre...".
Syndication et bartering
En matière de programmes, à côté de la mutualisation de production se met en place en 2007 une syndication à base de bartering qui amorce l’organisation de véritables réseaux de villes. De quoi s’agit-il ?
Au départ, il y a eu le réseau constitué par l’union des Télévisions Locales de Service Public (TSLP). Ce réseau regroupe une cinquantaine de télévisions d’initiative locale, certaines associatives, d’autres commerciales [20]. TSLP a créé en 2004 un modèle coopératif autour de mutualisation de la production de programmes des chaînes locales membres de son réseau. REC (Réactions en Chaînes) fonctionne comme une unité de programmes commune, mutualisé avec d’achats de programmes produits ou coproduits par les télévisions locales de TLSP. Pour avoir accès à ce catalogue (environ 6 heures de programmes renouvelés tous les mois) les chaînes s’acquittent d’une adhésion calculée en fonction de leur taille et leur audience. Cela permet, un amortissement des coûts pour ces petites télévisions et un accès aux mécanismes de soutien du CNC (Centre National Cinématographique) qui reconnaît REC comme diffuseur.
Mais, deux ans plus tard, c’est un tout autre système- le bartering - , qui se développe. Le bartering consiste pour un annonceur et/ou son agence de communication à produire puis proposer à un support de radio ou de télévision, un programme (fiction, documentaire, émission de variétés…) en échange d’espace publicitaire [21].
En 2007, ce dispositif a fonctionné : en échange d’un accès gratuit aux programmes, 80 % de l’espace publicitaire est réservé à des annonceurs extra locaux avec partage des recettes entre le syndicateur et la chaîne. Cette invention étatsunienne qui fonctionne depuis 30 ans pour les chaînes locales outre-atlantique a été importée par un cabinet privé, Syn TV, qui le voit comme modèle économique d’avenir [22]. Syn TV, propose cette stratégie marketing, en anticipant la multiplication des chaînes et l’approvisionnement de grilles de programmes à petits budgets. Ce modèle économique permet aux syndicateurs d’être de plus en plus intégrés dans des grands groupes, réduisant toute velléité d’indépendance.
Belle perspective que cette pénétration des annonceurs directement accrochés aux programmes, renforçant le point de vue de Bolloré, rappelant que le client « ce n’est plus seulement le lecteur, mais l’annonceur » [23].
C’est ainsi que pour le bonheur des annonceurs, Jack Bauer (le héros de « 24 heures chrono »), après un passage sur la Fox, la chaîne de Rupert Murdoch, et sur Canal Plus, a été diffusé en simultané sur une dizaine de chaînes locales au premier semestre 2007 : quelle belle spécificité de programmes pour la télévision de proximité ! [24]
La syndication éditoriale, relai d’Elkabbach
L’accord des télévisions locales, avec Europe 1 (groupe Lagardère) qui organise, en vue des municipales et des cantonales une syndication éditoriale, constitue un cas structurel de la sociologie-économie des rouages [25]
Europe 1 a signé en novembre 2007 un accord avec le GIE des Télévisions Locales Associées qui regroupe une vingtaine de chaînes diffusées sur la TNT [26]. Cet accord permet à la vision journalistique de son tenancier en chef, Jean Pierre Elkabbach [27], d’être, après Europe1 et Public Sénat, omniprésente sur les principales télévisions de villes en France. Ce partenariat prévoit la captation vidéo et la diffusion d’émissions d’Europe 1 sur les télévisions locales signataires et sur europe1.fr, émissions spécialement produites en Province, à l’occasion des élections locales de 2008. Enfin, cerise sur le gâteau, la mise à disposition des images des interviews et éditoriaux de Jean-Pierre Elkabbach, soi-même, en léger différé.
Dans le cadre des élections municipales, Europe 1 « déplacera l’antenne » dès janvier 2008. Le Club Europe 1, la grande émission politique du vendredi sera réalisée successivement en direct de Bordeaux, Marseille, Lille, Lyon puis Toulouse. Gilles Crémilleux, président du GIE qui regroupe « les locales » justifie cet accord, car "Jusqu’ici les télévisions locales suivent peu ou pas l’actualité nationale, or nous en avons besoin, à l’instar des quotidiens régionaux ». Les locales, en élargissant leur zone de diffusion (articulé à l’accord avec TF1 Publicité), veulent attirer des annonceurs nationaux, notamment avec la diffusion des vidéos d’Europe 1 afin de créer de nouveaux rendez-vous en journée sur les tranches où audience est jusqu’à présent concentrée (18h/20h) [28]
Les télévisions concernées sont, à ce jour, une vingtaine à être, depuis septembre, diffusées comme les télévisions nationales sur la TNT [29] La vingtaine de chaînes locales affichent une audience cumulée de 630.000 auditeurs par jour, sur un bassin de 7,1 millions d’habitants, selon les chiffres de Médiamétrie. C’est donc, une grande part du réseau des télévisions locales qui bascule sous la coupe éditoriale de la radio-Lagardère, Europe 1.
La syndication publicitaire avec TF1 Publicité [30]
Ces perspectives ne laissent pas indifférents certains grands groupes français. Ainsi, TF1 a réussi un « bon coup ». Sa régie (TF1 Publicité) vient de passer un accord avec trente chaînes de télévision locales et régionales (dont 27 réunies en GIE). Très fier, son président (G. Crémilleux ) qualifie de flatteur « l’intérêt de TF1 Publicité pour les locales ». L’implication de TF1 Publicité en cette fin d’année 2007 intervient au cours du dernier trimestre marqué par la montée en audience de chaînes locales sur la TNT et l’annonce par le CSA de prochains appels à candidature sur la TNT (sans doute une trentaine de sites à pouvoir). Cela aiguise l’appétit d’un groupe dévoué à l’information modèle Jean-Pierre Pernaut. TF1 Publicité va prend ainsi en main la gestion de l’espace extra-local de ces « locales », auparavant détenue par TLR [31]. Ainsi, dès la fin de l’année 2007, TF1 Publicité développera et commercialisera des dispositifs nationaux ou multirégionaux (couvrant des chaînes et donc des régions sélectionnées par les annonceurs). Ces nouvelles offres allieront couverture nationale et proximité, et viendront compléter l’offre actuelle de TF1 Publicité. Par ailleurs, chacune des chaînes locales conservera ses missions de commercialisation d’espaces publicitaires auprès de ses clients annonceurs locaux. Le but vise à faire passer dans trois ans le chiffre d’affaires de moins de 3 millions d’euros à 10 millions [32]. Médiamétrie sera chargée de mettre en visibilité les (bons) résultats.
Multipliez les chaînes de villes, articulez des programmes communs (attractifs) diffusés à la même heure, secouez dans le tout dans une régie publicitaire commune : c’est le jackpot !
Les grandes absentes : les télévisions associatives
Depuis sa reconnaissance juridique (loi du 1er août 2000) le mouvement des télévisions associatives locales et nationales n’a pas pu gagner droit de cité, en l’absence d’un modèle économique viable (notamment avec un fonds de soutien), à l’instar des radios associatives. Elles pèsent peu face aux grandes manœuvres actuelles.
Ce qui est manifeste dans le processus en cours de construction du paysage audiovisuel local (PAL), c’est la marginalisation des candidats associatifs, comme l’a montré la récente élimination de Zalea TV [33]] et de IDF TV [34] de la compétition pour l’attribution des fréquences sur Paris et l’Île-de-France (qui a vu GHM obtenir une des 4 fréquences pour Paris Cap). Les télévisions de villes qui émergent sous la bénédiction du CSA excluent, de facto, la naissance et le développement des télévisions réellement indépendantes, associatives et participatives au profit du développement de la télévision commerciale, qui s’organisent délibérément en réseaux nationaux, par le biais du local. Cette politique qui s’accentue vise bien à la configuration d’un local qui favorise l’extension de l’espace publicitaire et la présence de groupes liés à la majorité en place, au détriment d’un espace public démocratique de proximité.
Le groupe TF1 paraît le mieux à même de réaliser un réseau de télévisions de villes. La baisse de son audience et de sa rentabilité [35] lui commande à la fois, un allégement de ses obligations (volume et commandes à des producteurs indépendants) et une diversification avec le développement d’activités satellites (internet, chaînes thématiques, chaînes de villes, etc.).
Les liens politiques de TF1-Bouygues et du Président de la République, devrait faciliter l’évolution d’une législation qui peut encore freiner par ses « archaïsmes » la constitution de groupes puissants dans la communication. Les chantiers sur l’audiovisuel que pilote la ministre de la culture devraient remédier à ces inconvénients [36], l’apparition d’un septième réseau se profile. Vous avez dit « Soft Law » ?
Guy Pineau
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[1] Télérama, n°3016, 31 novembre 2007.
[2] Pendant de nombreuses années, quasiment, seules TLM (Lyon), TLT(Toulouse), Aquit TV (Périgord), TV8 Mont-Blanc ont fonctionnées.
[3] Le Monde du 23 février 2005 : « Ouest-France finalise le rachat à la Socpresse et de trois quotidiens ».
[4] Le récent regroupement des activités du quotidien lyonnais Le Progrès, dans son nouveau siège destiné à mettre en relation toutes les entités du groupe (le quotidien, la télévision avec TLM, le gratuit Lyon Plus et le site internet), auparavant dispersés devrait permettre de relancer un titre en difficulté en développant une politique multimédia.
[5] Grand Jury RTL"-Le Figaro-LCI, 9 décembre 2007.
[6] Entre 1914 et 1924, Ford va produire 300.000 voitures Ford T à un coût attractif au prix d’une standardisation où le choix de la teinte de carrosserie sera exclusivement le noir.
[7] Sur cette question voir ici même, de Christian Pradié, « La financiarisation des industries culturelles : un peu d’histoire ».
[8] Voir sur le site du Syndicat National de la Publicité Télévisée (SNPTV).
[9] Serge Regourd, Droit de la communication audiovisuelle , Collection Droit fondamental, Puf-Droit, Paris, 2001. p 267.
[10] À la faveur, notamment, du démantèlement de la Socpresse par Dassault, trois grands pôles sont en cours de consolidation (à côté d’indépendants), dans l’Ouest, l’Est et le Sud non encore stabilisés : un pôle Bordeaux-Toulouse-Montpellier , SIPA Ouest-France, et à l’Est qui, à la suite au rachat du pôle Rhône-Alpes de la Socpresse, a vu la naissance de la société Ebra (Est, Bourgogne, Rhône-Alpes) en février 2006, détenue par le groupe Est Républicain et par le Crédit Mutuel. La PQR représente un marché de 2,5 milliards d’euros et un pouvoir d’influence local important (Cf. Le Monde du 16.février 2006.
[11] Créée en 1985, présidée par Philippe Hersant, France Antilles - rebaptisée Groupe Hersant Média en octobre 2006 - est l’une des deux branches du groupe Hersant (l’autre étant la Socpresse), qui détient 100% de son capital. Suivant la tradition paternelle, Philippe Hersant (qui détient 22% du capital) n’accorde pas d’interviews et ne commente pas ses opérations à la presse[[Lire ici même, de Daniel Sauvaget,« Ce qu’il reste de l’empire Hersant : France Antilles » .
[12] Le groupe Hersant-Média (GHM) qui possède 31 titres de presse quotidienne - parmi lesquels Paris-Normandie, les deux titres du Havre en Normandie, L’Union - L’Ardennais de Reims et l’Aisne Nouvelle en Champagne-Ardennes et 6 titres outre-mer,-,16 hebdomadaires régionaux sur la côte atlantique et en Normandie., vient de racheter à Lagardère pendant l’été 2007 les quotidiens méditerranéens (La Provence, Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin et le gratuit Marseille Plus) pour 160 millions d’euros. Cette nouvelle concentration dans la presse quotidienne régionale réalisée en plein cœur de l’été, par un deal par les deux protagonistes bien connu des observateurs critiques des médias, Philippe Hersant (acheteur) et Arnaud Lagardère (vendeur). De surcroît, GHM est un acteur majeur de la presse gratuite avec la Comareg éditant les titres ParuVendu, hebdo d’annonces, gratuit, et le Journal des plages, distribué en juillet et août sur les lieux de villégiature balnéaire (il contrôle aussi le site CarrièreOnline). À noter dans cette phase préélectorale, l’apparition de rédactionnelle sur Paru-Vendu.
[13] Jacques Rosselin (Fondateur de Courrier international et de Canal-Web) et Emmanuel des Moutis.
[14] AFP du 29 novembre 2007. Le communiqué souligne que le montant de la transaction reste « confidentiel ».
[15] ParisCap (qui deviendra Cap24 à l’occasion du démarrage de sa diffusion en télévision numérique terrestre sur l’ensemble de l’Ile-de-France), TéléAlsace, TéléGrenoble, OrléansTV, Canal 32 (Troyes), TéléMiroir (Nîmes) et CityzenTV (Caen).Cinq d’entre elles sont d’ores et déjà diffusées en numérique terrestre.
[16] Voir Bruno Abescat,« Le refuge suisse », L’Express du 24 mai 2004.].
[17] Patrick Chastenet, Citizen Hersant - De Pétain à Mitterrand, Histoire d’un Empereur de la presse, Collection : L’épreuve Des Faits, Le Seuil, Paris, 1998.
[18] CA 2006 : 377 millions d’euros (dont 82% provenant des recettes publicitaires et 18% des petites annonces).
[19] Le Canard enchaîné du mercredi 28 novembre.
[20] TLSP regroupe plus de 56 télévisions locales dans 27 départements. Ces télévisions représentent environ 4 millions de téléspectateurs, 450 salariés permanents, et un chiffre d’affaires cumulé de près de 20 millions d’euros.
[21] Selon la définition « experte » de… e-marketing.fr.
[22] Voir sur la succes-story de Syn Tv et de ses managers (Philippe Micoleau et Gilles Camouilly anciens de Hachette Filipacchi Media et de TF1) sur Satellimag d’avril 2007->http://satelstock.online.fr/satellimagMIP07.pdf (fichier pdf, page 25).
[23] Cf. Emmanuelle Anizon, « Le raz de marée Bolloré », Télérama, n°3016, 31 octobre 2007. Voir ici même, de Johann Colin et Yves Rebours, « Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant ».
[24] Du 29 janvier au 22 avril 2007, la première saison de la série « 24 heures chrono » a ainsi été vue simultanément par les téléspectateurs de Marseille (LCM), Lyon (TLM), Bordeaux (TV7), Tours (TV Tours), Grenoble (Télé Grenoble), Le Mans (Canal 8), Clermont Ferrant (Clermont Première), Nîmes (Télé Miroir), Toulouse (TLT) et enfin Troyes (Canal 32).
[25] Voir, ici même, de Grégory Rzepski, « Georges-Marc Benamou, commis de Lagardère devenu scribe de Sarkozy ». Introduction à la sociologie du rouage. Une étude de cas.
[26] Auxquelles se joindront, d’après le communiqué d’Europe 1, 25 autres télévisions locales bénéficiant du déploiement de la TNT.
[27] Entré à France-Inter en 1961, présentateur du journal d’Antenne 2 de 1970 à 1972, rédacteur en chef de France-Inter en 1975 (avant de prendre la direction de la rédaction de la Maison de la radio l’année suivante), avant de revenir à Antenne 2 en 1977. Evincé en 1982, il rejoint Europe 1 où deviendra directeur général adjoint de la station. Devenu président de France Télévision en 1993, contraint de partir en 1996 (à la suite de la découverte des contrats juteux consentis à des animateurs-producteurs), il revient à Europe 1.. Nommé conseiller spécial pour la stratégie des médias du groupe en 1990 par Jean-Luc Lagardère, il prend la direction d’Europe 1 en avril 2005 où M. Sarkozy a le temps et l’occasion de s’exprimer, Elkabbach lui octroie couramment vingt minutes supplémentaires d’entretien ->http://www.acrimed.org/article2491.html] pour le remercier sans doute de ses conseils en matière de recrutement de journalistes. Il est vrai que le président de la République est attentif à ce milieu, « Je sais tout ce qui se passe dans vos rédactions », déclarait-il à des journalistes en janvier 1995. Elkabbach est également président de la chaîne Public Sénat.
[28] Voir, sur le site « TVlocales », « TF1 Publicité : Un signal fort aussi pour les actionnaires des locale » .
[29] TLT (Toulouse), TLM (Lyon), LCM (Marseille), TV7 (Bordeaux), C|1 (Clermont-Ferrand), TV8 MONT-BLANC, TV RENNES, LM SARTHE (Le Mans), NANTES 7, TV NANTES, ANGERS 7, TL7 (Loire-Télé), TELE GRENOBLE, CITYZEN TV (Caen), ORLEANS TV et TV TOURS. 25 autres les rejoindront dans un an.
[30] Sur TF1 Publicité, on se reportera au livre de Marie Bénilde On achète bien les cerveaux. La publicité et les médias (notamment pages 19-32 Raisons d’Agir, Paris, 2007. Voir également ici même un extrait du livre et, du même auteur, « Publicité et médias : les nouvelles astuces ».
[31] TLR, société détenue par Publiprint (56 %), Interdeco (40 %), La Montagne et Sud Ouest (4 % à eux deux). Les 7 chaînes d’Hersant-Média et de NRJ (Montpellier, Paris), restent en dehors du nouvel accord avec Tf1-Bouygues.
[32] Voir Stratégies, n° 1476 du 8 novembre2007 (page 26).
[33] Voir sur le site de Zalea TV, « La TNT et Zalea TV »-> http://www.zalea.org/spip.php ?article19
[34] IDF TV est une fédération de six télés associatives participatives Rapsode (XXe), TV Plaisance (XIVe), Riv’Nord (Saint-Denis), Les Engraineurs (Pantin), Videon (Ivry sur Seine) et TV action jeune (Aubervilliers). Voir le « Blablablog Riv’Nord ».
[35] Voir Perrine Créquy : « Mauvais augure pour TF1 », Le Figaro du 3 décembre 2007.
[36] Sur la leçon de savoir faire en matière de lobbying, voir Patrick Lelay qui, jubilant, explique les contacts méthodiques de son équipe avec les membres de la CNCL en 1987, in « TF1 : Adjugé, Vendu ! » émission de J-N Jeanneney L’Écho du Siècle, INA –F5.
